Les Vanes, dieux de la richesse — Les Ases, dieux de la force et du savoir — Gullveig, la sorcière corruptrice — Guerre et réconciliation — Odin, l’esprit partout présent dans le monde — Le Grand Voyageur escorté de ses corbeaux et de ses loups — Un haut-siège d’où l’on voit tout l’univers — Jord, Frigg et Rind, les trois visages de la Terre-Mère — Les servantes de la joie de vivre — Thor, dieu de la force à la barbe rouge — Balder le Bon, dieu de lumière — Tyr le courageux, Hermod le messager et Bragi le poète — Vidar et le silence de la forêt — Heimdal, le fidèle gardien du pont Bifrost — Njord, dieu vane du rivage — Ses deux enfants, Frey et sa sœur Freya — Aegir, le géant de la haute mer et Ran la mère des vagues — Loki, le dieu malfaisant et sarcastique.

Loin des géants de la montagne et des Thurses du givre qui vivent à Jotunheim, loin des hommes et des femmes qui résident à Mannaheim, loin des Alfes blancs, ces esprits de la lumière, et loin des Alfes noirs, ces nains de la pénombre, loin de Helheim où se groupent les morts et loin de Niflheim où se terre le dragon Nidhug, vivent et règnent les dieux.
Ces dieux du Nord habitent dans deux mondes, Asaheim et Vanaheim, car ils appartiennent à deux races qui semblent s’être succédé dans l’histoire.
Les Vanes seraient les premiers habitants, voués à la cueillette, et les Ases seraient ensuite survenus, élevés pour la guerre.
De ce choc, va naître, un nouvel ordre du savoir, de la force et de la richesse. Mais auparavant, les dieux vanes et les dieux ases doivent se rencontrer et s’affronter. Leur dualité reflète une vieille opposition : le solide et le liquide, le masculin et le féminin, la lumière et l’obscurité ;
Les Vanes sont des dieux « aimables ». Ils apportent la fécondité à la terre, la richesse aux paysans et aux marins, la volupté aux hommes et aux femmes qui s’exaltent dans les jeux de l’amour. Ils ont des rires éclatants, des mains pleines de dons, des couronnes de fleurs. Les dieux vanes ont des sexes dressés et les déesses des sexes béants. Ils sont perpétuellement prêts au plaisir. Avec eux, la terre et la mer se parent d’un sourire resplendissant. Ils apportent la puissance de la vie et l’abondance des biens.
Leurs adversaires, les Ases sont les dieux les plus connus et les plus nombreux. Ce sont des dieux souverains. Ils incarnent le savoir et le destin. Ils célèbrent aussi la force guerrière. Ils représentent à la fois la sagesse et le courage. Magiciens et combattants, ils vivent intensément les deux plus hautes fonctions de l’humanité divine.
Les Ases et les Vanes n’ont cessé de s’opposer jusqu’à ce qu’éclate entre eux une grande guerre qui instaure la force des armes comme la seule loi sacrée, dès le début de leur histoire.
Les combattants venus de Vanaheim et de Asaheim se livrent une bataille décisive. Elle ne va pas se terminer par un massacre, mais par une fusion.
Tout commence lorsque les Vanes envoient aux Ases un être mystérieux du nom de Gullveig. C’est sans doute une sorcière. Révélateur est son nom Gullveig signifie la puissance ou mieux encore l’ivresse de l’or. Ainsi les Vanes, qui possèdent la prospérité, espèrent corrompre les Ases en leur imposant leur vision du monde, celle qui fait de la richesse et du bonheur les seuls buts de la vie. Ils veulent les tenter par les vertus pacifiques et marchandes. À l’amour, les Ases répondent par la guerre.
Les dieux, groupés autour du plus grand d’entre eux, Odin, le Très-Haut, et du plus fort, Thor, le maître du tonnerre et des éclairs, possèdent des vertus que rien ne doit supplanter. Le savoir et la force ont mission d’imposer leur puissance à la richesse. L’or doit conforter, mais il ne saurait corrompre. Les trois fonctions qu’incarnent les dieux sont strictement hiérarchisées dans la grande trinité créatrice du Nord. D’abord la connaissance, ensuite l’énergie, enfin la prospérité.
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Gullveig arrive chez les Ases. Le cadeau des Vanes représente le pire des poisons. L’ivresse de l’or monte à la tête des dieux et surtout des déesses. La sorcière les prend dans ses pièges et leur fait faire cent et mille sottises. Les Ases les plus lucides vont essayer de tuer cet être maléfique. La sorcière Gullveig est toute d’or pur et nul épieu ne peut la transpercer. Par trois fois, ils tentent de l’abattre. Ils essayent même — en vain — de la brûler.
La corruption règne chez les Ases. Ils ont perdu leur vertu, c’est-à-dire à la fois leur raison et leur courage. Les Vanes attaquent. Mais au moment où tout semble perdu pour la conception hiérarchisée de l’univers qui refuse l’égalité, la décadence et la corruption, Odin va oser le geste suprême qui peut encore tout sauver.
Le maître d’Asaheim brandit une lance et d’un geste terrible la jette sur les rangs des envahisseurs venus de Vanaheim. Ce n’est pas seulement un acte de guerre, c’est un geste de magie. Le choc de l’arme sacrée arrête net l’invasion. La victoire change de camp. Ou plutôt, elle abandonne les deux camps. Il n’y a plus, par ce geste décisif, de vainqueurs ni de vaincus, mais des dieux résolus à parvenir à un accord.
Les Ases et les Vanes décident de se réconcilier et même de se mélanger.
Njord, dieu des vents et de la mer à Vanaheim, va vivre chez les Ases avec son fils Frey et sa fille Freya, qu’il a eus de sa sœur, selon l’usage de sa race. Ils sont d’abord des otages, puis s’assimilent aux Ases, à qui ils vont enseigner les pratiques magiques de leur monde. En échange, les Ases donnent aux Vanes le propre frère d’Odin, Hoenir qui a naguère créé avec lui le premier homme Ask et la première femme Embla.
Les Ases expédient aussi aux Vanes, Mimir, dieu de l’intelligence. Mais on se méfie à Vanaheim de sa vivacité d’esprit. Les Vanes tuent alors Mimir et renvoient sa tête à Odin. Le maître d’Asaheim fera subir à cette tête privée de corps de longues opérations magiques. Il lui conserve toute sa vivacité et son intelligence. Désormais, installée près d’une fontaine, sous l’une des trois racines de l’if Yggdrasil, la tête de Mimir converse avec Odin et lui donne des avis toujours judicieux.
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Odin (1), le premier de tous les dieux de la race des Ases est avant tout le maître de la sagesse. Il n’a pas créé le monde, mais il le gouverne. On le nomme parfois Alfadir, le Père-de-Tout, et chacun doit lui obéir. Mais, en échange, ses mains sont riches de dons. Il apporte le pouvoir au souverain, la victoire au guerrier et la richesse au marchand. Le trône, le glaive et le soc ne seraient rien sans lui. C’est de sa puissance que ses fidèles tirent la force de mener l’État, de vaincre l’ennemi ou de labourer le sol. Son esprit est lumineux comme le tranchant de l’épée qui impose la loi nécessaire.
Étant le dieu qui apporte la mort — avec Vili et Vé, il a tué le géant Ymir — et le dieu qui apporte la vie — avec Hoenir et Lodur, il a créé le premier couple d’Ask et Embla — Odin reste avant tout celui qui insuffle l’esprit. Tous le prient pour qu’il « entre dans leurs âmes ». Il est le courage, mais il est aussi la sagesse. Il connaît le secret des sciences et le mystère des runes. Il est un voyant, un magicien et un arbitre.
Mais il reste avant tout le dieu des héros et le maître des combats. On le nomme aussi Valfadir, le Père-des-Tués. Nul ne se dissimule, plus que lui sous de multiples noms. On en compte près de deux cents dans les neuf mondes où surgit soudain le Grand Voyageur. Malgré des masques si différents, son aspect change peu. Aussi parvient-on souvent à le reconnaître.
Odin est toujours un vieillard de haute stature. Il porte une longue barbe et son œil unique brille dans l’ombre d’un chapeau à larges bords, comme en portaient autrefois les bergers dans nos campagnes, pour affronter le soleil et l’orage. Ce chapeau représente la voûte arrondie du ciel.
Le dieu qui apporte l’esprit s’enveloppe aussi dans un long manteau rayé de différentes couleurs — qui évoque l’atmosphère quand un arc-en-ciel impose soudain après l’averse les multiples teintes du spectre solaire. Cette houppelande évoque également le berger. Mais Odin n’est-il pas celui qui surveille et protège le troupeau des créatures ?
Le Grand Voyageur s’enorgueillit d’être encore appelé Rafnagud, le Dieu-aux-Corbeaux. Car, sur chacune de ses épaules, il porte un gros passereau noir. L’un se nomme Hugin, la Réflexion et l’autre Munin, la Mémoire. Sans cesse, dans le creux de ses oreilles, ils lui soufflent ce qu’ils voient et ce qu’ils entendent. À chaque aurore, Odin les libère et les envoie voler dans le monde. Inlassables, les deux corbeaux tournent, piquent, s’envolent. Au crépuscule, ils reviennent se percher et apportent les nouvelles des hommes, des dieux et des choses.
Odin ne cesse de se tourmenter pour ces deux oiseaux sacrés qui le quittent chaque matin. Pendant les longues heures du jour, le dieu de la sagesse s’inquiète de ne pas voir revenir Hugin et Munin. Il sait que sans la mémoire et sans la réflexion, il ne pourrait plus apporter l’esprit aux créatures. Les deux corbeaux lui permettent tout à la fois de voir et de savoir.
Si ses corbeaux volent souvent loin d’Odin, ses loups ne le quittent jamais. Eux aussi, ils sont deux : Geri, le Glouton, et Freki, le Vorace, ils se couchent sur les marches de son trône, ou ils courent dans les nuages, escortant leur maître dans tous ses voyages. Doués d’un appétit inassouvi, ils dévorent tout ce qui passe à portée de leurs crocs. Comme le père des dieux a besoin de boire mais non de manger, Geri et Freki ne manquent jamais de nourriture. Ainsi gavés, ce sont bien davantage des animaux domestiques que des bêtes sauvages. Ils n’attaquent pas les hommes et celui qui a la chance de découvrir les deux loups d’Odin errant dans les forêts ou les pâtures doit considérer cette rencontre comme un heureux présage.
Odin est armé d’une lance du nom de Gungnir, la Frémissante. Elle a été naguère fabriquée pour lui par les nains. Elle déchire le ciel comme la zébrure de l’éclair et frappe l’adversaire telle la foudre. Personne ne peut y échapper quand le maître des batailles l’a lancée d’une main toujours assurée.
Les nains ont aussi fabriqué un bateau merveilleux, qui est utilisé tour à tour par Frey et par Odin. Il se nomme Skidbladnir et peut se replier comme un mouchoir pour être transporté facilement dans sa bourse. Il possède une autre propriété merveilleuse : lorsque la voile est hissée, le vent souffle toujours dans la direction choisie par le pilote. Nul navire n’est plus sûr ni plus rapide.
Le cheval d’Odin se nomme Sleipnir. Il n’a pas moins de huit pattes. Mais Odin ne le possédera qu’après la construction d’Asgard, l’enclos des Ases… Ce coursier galope sur la terre, dans l’air et sur l’océan.
À son bras, Odin porte un anneau d’or du nom de Draupnir. Forgé, lui aussi, par les nains industrieux. Chaque neuvième nuit, il en sort un nouvel anneau toujours aussi lourd et aussi beau. Draupnir qui ne quitte jamais le bras du père des dieux, symbolise la fertilité de la terre et la fécondité de l’esprit, indissolublement liées. Les saisons succèdent aux saisons et les idées aux idées. Jamais la terre ni l’esprit ne doivent rester en repos. Il faut sans cesse passer et repasser le soc d’une éternelle charrue. Ainsi surgissent les moissons et les légendes, les fleurs et les chants, les fruits et les poèmes. La terre frissonne et s’épanouit, l’esprit questionne et s’ennoblit. Les récoltes succèdent aux récoltes et les images aux images. Ainsi les anneaux d’or tombent de Draupnir comme la goutte de la goutte. Et à travers les générations les idées germent et fleurissent. Les événements s’enchaînent et se renouvellent les explications. Draupnir annonce l’éternel recommencement des aventures de l’esprit et des floraisons de la terre. Au bras du Grand Voyageur brille ce cercle d’or, fermé parfaitement sur lui-même et qui ne saurait avoir ni commencement ni terminaison. La chaîne du temps ne saurait s’abolir.
Quand il ne chevauche pas, Odin revient dans son palais d’Asaheim, et s’assoit sur son haut-siège, Hlidskjalf, pour contempler l’univers. Il regarde et il écoute.
Ainsi, chaque jour, au-dessus de la création, dominant la voûte du ciel, Odin observe ce que deviennent les dieux et les hommes. Rien n’échappe son œil unique et à ses oreilles attentives. La moindre parole, le moindre geste, le moindre souffle de vent, tout parvient jusqu’à ce trône invisible.
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Dieu de guerre et de violence, Odin est aussi un dieu de tendresse et de passion. Il possède trois femmes, qui toutes trois ne sont que des visages différents d’une même certitude : la terre.
Ainsi s’unissent sans cesse le ciel et la terre. La Nature ne connaît pas de frontière entre l’ici-bas et l’au-delà. Il n’est qu’une réalité qui naît de la fusion des éléments originels.
Odin, le dieu-père, célèbre dans la joie ses noces avec la terre-mère incarnée tour à tour par Jord, Frigg et Rind.
Trois déesses, trois visages d’une même réalité, trois amantes, trois mères… Jord est la terre originelle et inhabitée. Frigg, la terre humaine et cultivée, Rind, la terre de nouveau inculte. Toutes trois ont donné des enfants à Odin. Jord est la mère de Thor, Frigg la mère de Balder et d’Hoder et Rind la mère de Vali.
Des trois, c’est Frigg la plus importante. Elle seule possède le droit de s’asseoir avec Odin sur son haut-siège Hlidskjalf. Ainsi le dieu de la réflexion et de la mémoire marque sa préférence pour la terre habitée et cultivée par les hommes, pour la terre vivante où règnent les souverains, combattent les guerriers et travaillent les artisans. Frigg incarne la terre majestueuse, redoutable et nourricière, la terre où poussent les blés et où se choquent les épées, la terre où s’aiment les couples, la terre où naissent les enfants. Cette terre n’est pas une vallée de détresse mais un océan de fierté et un sommet d’honneur. Sans Frigg, Odin ne serait pas ce qu’il est.
Le dieu a besoin des hommes comme les hommes ont besoin de la terre. De leur rencontre seule peut naître la nature et la vie. Frigg est la déesse aux pieds de glèbe, qui seule sait charmer et retenir le Grand Voyageur.
Frigg, la déesse-terre, est escortée par sept suivantes l’aidant à remplir ses attributions. Fulla apporte la fertilité, Hlyna accorde la protection, Gnaa porte les messages. Vra écoute les serments et punit les parjures, Snotra amène la brise et annonce le beau temps, enfin Lofna favorise l’union des amants ; quant à Sygna, elle préside aux procès, ce qui représente souvent bien de l’ouvrage.
Grâce aux sept servantes de la déesse Frigg, toujours prêtes à aider les hommes, chacun a une chance de trouver un bien au soleil et un amour à son foyer. Liées à toutes les forces de la Nature, elles restent aussi les plus humaines des créatures qui entourent le dieu-père, dont elles suivent, en un riant cortège de grâce et de beauté, l’épouse favorite.
Deux autres déesses sont attachées au service de la terre : Gefjunn, la Vierge à la Charrue, laboure les sols incultes avant la fécondation et la récolte. Eir guérit les malades, car elle connaît le secret des herbes et les paroles magiques. Elle répare les muscles froissés et les os brisés.
Ainsi, la terre n’est pas vouée au malheur, mais à la plénitude et à la santé. Odin n’est pas venu pour le châtiment des hommes, mais pour leur bonheur. Ceux qui suivent sa loi trouvent l’épanouissement et ceux qui restent fidèles à la terre sont aimés des dieux.
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Thor, fils d’Odin et de Jord, la terre sauvage, est le plus important des dieux ases après son père. Parfois même, dans la croyance populaire, il le surpasse. Il devient familier et presque vulgaire. On parle souvent de lui avec plus d’enthousiasme que de respect. C’est un « dieu-copain », dont les bons tours réjouissent les longues veillées d’hiver.
Thor est « brave » dans tous les sens du terme. Mais gare à qui ose le défier. Car il se bat comme le plus impitoyable de tous les dieux guerriers. Nul ne sait se montrer plus brutal que lui. Il ne frappe même pas, il écrase… Il apparaît de forte stature, les muscles noueux, les épaules larges, la taille bien prise. Il porte une barbe bien fournie dont le blond tire au roux et s’illumine d’éclairs de feu. Ses yeux lancent des flammes qui se reflètent à l’aurore comme au crépuscule sur les nuages écarlates. Il arbore une couronne d’étoiles scintillantes. Car sa tête remplit le ciel et ses pieds couvrent la terre, la marquant d’empreintes profondes.
On l’appelle parfois Akathor, c’est-à-dire Thor-le-Cocher, car lui aussi est un grand voyageur, parcourant l’univers à la recherche d’adversaires à défier et à vaincre. Il se déplace dans un char tiré par deux chèvres, qui se nomment Tanngnjost, Dents-Grinçantes, et Tanngrisnir, Dents-Étincelantes.
Parfois, Thor doit abandonner son char et ses deux chèvres, pour aller à pied. Il ne peut emprunter le pont Bifrost, car l’arc-en-ciel s’enflammerait, et deviendraient bouillantes les eaux sacrées. Il doit donc traverser à gué les rivières Kormt et Ormt et les deux cours d’eau du nom de Kerlaug, pour se rendre à la fontaine Urdar où siègent les Ases.
Thor habite à Thrudvang, le Champ-de-la-Force, son domaine est un énorme nuage, sombre et compact. Sa demeure, Bilskirnir, la plus grande qu’on ait jamais construite, ne comporte pas moins de cinq cent quarante salles, illuminées par les éclairs qui accompagnent l’orage.
Un jour, il recevra, forgée par les nains, l’arme redoutable qui le rendra célèbre entre tous : le marteau Mjolnir, qu’il devra tenir avec des gantelets de fer, après s’être ceint les reins d’une ceinture de force en cuir tressé et clouté. Et à chacun des coups de marteau, dans le roulement du tonnerre, tremblera la terre entière. La force du dieu à la barbe rouge gouverne le monde et triomphe dans l’éternelle violence.
Thor épousera Sif aux cheveux d’or qui apparaît comme une montagne couverte d’épis mûrs et d’herbe verte. Malgré toutes les avances qu’elle doit subir, elle refuse toujours le géant Hrungnir, le Rocher-Nu. Sif a déjà un fils — qui est donc le beau-fils de Thor. Il se nomme Ull et nul n’est plus habile que lui à manier un arc ni plus rapide sur ses skis. Il habite à Ydalir, dans la Vallée des Ifs.
Si la femme de Thor, Sif, symbolise la terre fertile, sa concubine, Jarnsaxa règne dans le désert aride. Pourtant, elle lui a donné deux fils : Magni, la Force, et Modi, la Colère, aussi braves et aussi robustes que leur père.
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Fils, que l’on peut dire préféré, du dieu Odin et de son épouse Frigg, reine des Ases, Balder le Bon possède avant tout une qualité devenue au cours des âges un véritable mythe : la jeunesse.
Balder est jeune comme d’autres sont grands, braves ou forts. Il a l’âge de l’enthousiasme. Il possède le plus magique de tous les pouvoirs : l’avenir lui appartiendra. À moins que la mort ne vienne briser son destin… Il possède plus de vertus qu’aucun autre : la sagesse, l’éloquence, la sensibilité. Si Thor est un dieu de la guerre, Balder est un dieu de la paix. Mais la paix dans l’ordre, dans la soumission aux lois du monde, dans la fidélité à la création divine sur laquelle règne son père Odin, le Grand Voyageur aux corbeaux et aux loups.
Balder est un dieu romantique. Il croit que le monde renferme poésie et lumière. II reste à l’âge des illusions, des enthousiasmes, des imprudences. Il ignore la méchanceté et la laideur. Il aime les oiseaux et les fleurs. Plus que toute autre, le printemps est sa saison.
Le jeune dieu apparaît si beau que des rayons de lumière semblent sourdre de son visage, de sa chevelure, de son corps. Il n’évoque pas seulement le soleil, il devient, véritablement le soleil, dans sa splendeur et son éternité. Balder est blond. Comme l’or ? Mieux encore comme le blé.
Il y a en lui la promesse des épis, la certitude des aurores, la joie des moissons. Il éclaire le monde et le résume dans un sourire. Il n’est pas joyeux, il est la joie. C’est le dieu de la grande santé, du grand midi, de la grande promesse : le soleil ne peut pas mourir.
Balder le Bon est le favori de la Nature, le préféré des dieux et le plus béni par les hommes. Il est le meilleur de tous et garde le sourire de celui à qui tout est facile. Sagesse et douceur sont pour lui naturelles. Jamais il ne s’emporte et jamais il ne se trompe. Et quand il parle, ce qu’il dit est si juste que jamais parole prononcée par lui ne pourrait être changée. Chaque mot, dans sa bouche, prend sa signification exacte. Sa voix est celle de la justice. Mais plus encore que l’équité, il apporte le bonheur. Avec lui, le plaisir devient joie profonde et lumineux éveil.
Balder demeure à Breidablik, le Large-Éclat. Ni saleté ni malheur ne peuvent entrer dans son domaine, où tout n’est que pureté, lumière et gaîté.
Dieu de la lumière, Balder a un frère, lui aussi fils d’Odin et de Frigg. Il est aveugle et se nomme Hoder. Sa triste infirmité en fait le dieu de l’obscurité. Il sera le destin, lui aussi atteint de cécité.
Fait étrange pour un Ase, Balder n’a pas été chercher son épouse parmi les déesses d’Asaheim, ni même, comme certains dieux, parmi les géantes de Jotunheim. C’est à Mannaheim, sur la terre des hommes, qu’il va découvrir et aimer celle qui sera sa fidèle compagne. Cette jeune fille se nomme Nanna et son père Nep, le Bourgeon. Elle n’est que fleur. Comme son bel époux, elle apparaît telle une radieuse image du printemps, du renouveau de la vie, de la beauté.
Balder et Nanna ont un fils, Forseti, le Président. Il possède une demeure appelée Glitnir, la Resplendissante. Le sol en est d’or et le plafond d’argent. Dans cette maison, tous les plaideurs se retrouvent pour soumettre leur cause au jugement du fils de Balder. Il a hérité de la clairvoyance de son père et il trouve toujours une sentence si juste qu’il parvient à réconcilier les adversaires autour d’une décision d’une parfaite équité. Il n’existe nulle part au monde pareil tribunal.
La splendeur du dieu du printemps et de la déesse de la floraison illumine le monde, grâce à leur fils chéri Forseti le Justicier.
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Odin a également engendré Tyr, Hermod et Bragi.
Tyr est un dieu guerrier. Il se veut le plus audacieux et le plus intrépide de tous les Ases. La fidélité et le courage sont ses vertus familières. Cette valeur belliqueuse dont il a hérité, il la dispense à son tour. Ceux qui doivent livrer bataille ne manquent jamais de l’invoquer. Tyr affermit le poing sur le pommeau de l’épée et sur l’attache du bouclier ; il aiguise le regard sous le casque à nasal et remplit le cœur de fierté sous la cotte de mailles. Il est le dieu qui aide à tenir la lance, à souffrir sans se plaindre, à entendre couler son sang avec autant de calme que l’on écoute au matin le murmure d’un frais ruisseau : il apporte l’honneur.
Hermod est lui aussi un dieu guerrier. C’est le messager d’Asaheim, et il chevauche souvent dans les airs, à l’image de son père le Grand Voyageur. Odin lui confie parfois son casque et sa cotte de mailles et n’hésite jamais à lui ordonner une mission dangereuse. Si Hermod doit se hâter pour se rendre au combat, alors son père lui confie aussi son merveilleux coursier.
Dans les demeures d’Asaheim, ne vivent pas uniquement des dieux guerriers. Tous les Ases sont braves certes, mais il en est qui préfèrent la poésie à la bataille.
Bragi a hérité du lyrisme autant que du courage de son père. Il porte une longue barbe qui descend fort avant sur sa poitrine ; elle n’est ni blanche ni grise, mais blonde et soyeuse, car Bragi est aussi un dieu de la jeunesse. Il est marié à Idunn. Fille de l’Alfe Ivald, elle est la gardienne des pommes d’or qui assurent aux dieux une éternelle jeunesse. Mais elle aura bien du mal à garder intacts ses fruits de jouvence.
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De l’union d’Odin et de la sorcière Grid est né un fils, Vidar. On le surnomme le Silencieux. Sa force apparaît prodigieuse. Elle égale presque celle de Thor. Il porte des chaussures absolument extraordinaires, dont les différentes pièces de cuir ont été rassemblées au long des siècles.
Dieu de la forêt primitive, il vit au plus secret des bois, dans un domaine où ne retentissent jamais ni la voix de l’homme, ni le son de la hache. Partout, de hautes futaies, des buissons et des ronces. Nul bruit ne vient troubler le silence oppressant. Sous ces couverts impénétrables, le jour pénètre à peine à travers les feuilles que n’agite aucune brise. Même les bêtes se taisent.
Vidar est, à l’image de la Nature, impérissable et incorruptible. Il est élancé comme un tronc puissant. Sa peau est plus rude que l’écorce, son sang plus riche que la sève, ses membres plus forts que les branches. Vidar est la Nature sauvage et éternelle. Il est la force brutale que les hommes saluent et révèrent. Et si tout devait disparaître, des royaumes et des rêves, il resterait toujours la Forêt primitive, le domaine de Vidar d’où peuvent ressurgir une nouvelle race et une nouvelle aventure.
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Lui encore fils d’Odin, le dieu Heimdal est né de neuf vierges… Elles étaient neuf sœurs, filles de la haute mer et des tempêtes. Elles étaient comme les vagues qui déferlent sur les grèves et se brisent dans les havres. Neuf filles, vêtues d’émeraude et parées d’écume immaculée.
Surgi de la mer d’où vient toute chose et tout être, le dieu Heimdal apparaît sur le rivage d’Asaheim apporté par le flot. De sa couronne d’embruns, il tire peut-être son surnom : il est le dieu Blanc. En lui jaillit et rejaillit la mer, comme une semence. Tout ce qui commande, tout ce qui sert, tout ce qui grandit, tout cela vient des flots.
Sous le nom de Rig, ce dieu-matelot devient dieu-voyageur. Il va courir le monde, engendrant les races des esclaves sombres, des paysans libres et des chefs de guerre.
Après avoir ainsi réparti les hommes en trois classes, le dieu Blanc reviendra dans Asaheim où vivent, jugent et se heurtent les dieux dont il est l’un des plus éclatants. Ses dents sont d’or pur et sa bouche étincelle au soleil.
Heimdal demeure à Himminbjorg, le Mont-du-Ciel. Il se tient à l’extrémité du pont Bifrost. Ce pont sacré n’est ni d’ici-bas ni d’au-delà, mais il appartient à une seule réalité où se confondent, sous le soleil du Nord, la vie et la mort, la divinité et l’humanité, le passé et le futur. Bifrost brille de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, au nombre de sept, où se décompose et s’exalte la lumière.
Après l’averse, dans le ciel alourdi de nuages sombres, on distingue parfois le pont sacré qui mène au royaume de l’absolu. Mais n’y entre pas qui veut : Heimdal, veilleur impitoyable, protège le seuil du domaine sacré.
Éternel gardien du plus précieux des trésors, la connaissance que chacun a de lui-même, Heimdal tient d’une main l’épée du combat, Hofud, la Tête, et de l’autre la corne de l’appel, Gjallarhorn, qui s’entend dans tout l’univers et que le dieu, le danger passé, accroche aux basses branches de l’if sacré Yggdrasil. Quand il doit chevaucher pour se rendre à l’assemblée des dieux, Heimdal enfourche son coursier Gulltop, Crin-d’Or.
L’épée du combat et la corne de l’appel Heimdal sont à la fois le guerrier et le sage, celui qui bataille et celui qui alerte. Il veille au seuil d’Asgard, la demeure des dieux. Nul ne peut entrer qui n’a subi de sa part un véritable « examen de passage ». Il n’est d’élu que celui qui est digne. Ne pénètre au pays de la lumière que celui qui est fidèle à lui-même et à l’ordre naturel des choses, des hommes et des dieux.
Le pont Bifrost mène de l’humain au surhumain.
Jour et nuit, veille Heimdal. Il ne connaît point le repos. Sans lui, sans ce rude et savant protecteur, le désordre s’établirait. Les géants franchiraient les frontières, les nains se croiraient les égaux des dieux. Les hommes les plus vils pèseraient le même poids sur le pont Bifrost que les plus braves et les plus sages. Alors toujours doit veiller le dieu Blanc. Heimdal entend tout, et même l’herbe qui pousse dans les clos et la laine qui croît sur le dos des moutons. Il ne dort pas plus qu’un oiseau et il voit aussi bien la nuit que le jour. Rien n’échappe aux oreilles et aux yeux du Grand Protecteur. Sans cesse, il surveille le monde.
Cette tâche, quasi policière, n’est pas indigne du plus beau des fils de la mer, né des neufs vagues sacrées. Sa mission apparaît noble entre toutes. Sans Heimdal, le monde retournerait au chaos.
Dans l’Edda (1), il est — fort étrangement — dit de Heimdal qu’il est « le plus brillant des Ases et le plus sage des Vanes ». Il appartient en effet aux deux races qui se réconcilient en la personne de ce dieu, de tous le plus mystérieux et le plus attachant.
Heimdal est parent de cette race des Vanes dont les plus célèbres sont le dieu Njord et ses deux enfants son fils Frey et sa fille Freya.
Originaire de Vanaheim, ce monde, mal connu, des dieux Vanes, Njord a grandi loin d’Asgard, dans un univers d’eau et de feu. Lors de la grande guerre qui a opposé les deux races de dieux, il a été échangé comme otage avec Hœnir.
Njord demeure à Noatun, le Clos-des-Navires. Il gouverne les vents. C’est lui qui soulève ou qui apaise les tempêtes. Ouragans de mer ou de feu obéissent à sa volonté. D’un souffle, il déchaîne les vagues hurlantes et attise les flammes crépitantes. Il possède une hache qui peut ouvrir tous les verrous.
Ce dieu du vent est le plus riche de tous ceux qui détiennent les pouvoirs sacrés. Il peut donner des trésors à ceux qu’il veut récompenser. Il épousera plus tard Skadi, la fille d’un géant.
Njord a donc eu de sa sœur deux enfants. Le garçon se nomme Frey et la fille Freya.
Quand le dieu du vent et du rivage a été envoyé en otage parmi les dieux ases, il a obtenu une consolation jamais personne ne pourrait haïr son fils Frey.
Peu de dieux sont aussi vénérés que ce dernier dans tout le Nord. Frey est un dieu de paix et de récolte. Il apporte la pluie nécessaire à ceux qui cultivent le sol et il ramène le soleil quand ils le lui demandent. Dieu paysan, il remplit les bas de laine en faisant pousser l’herbe et mûrir les blés. Les éleveurs ont besoin de lui comme les moissonneurs.
Frey rend ceux qui l’honorent riches, étant lui-même très riche. Il habite un palais qui lui a été donné, alors qu’il était encore enfant, à Alfaheim, dans le monde des lutins de la lumière, qui sont appelés elfes.
Le fils de Njord ne fait point verser de larmes aux mères et aux épouses, car il apporte la paix et non la guerre. Sa seule arme est une charrue. Son seul désir est de délier les mains de celui, qui est enchaîné. Tous l’aiment. Un jour, les nains lui donneront un étrange verrat aux soies d’or et lui offriront un merveilleux navire. Frey sans cesse donne et reçoit des cadeaux.
Ce dieu de la fécondité et de l’abondance est marié à Gerd, la fille du géant Gymir, et ils ont un fils appelé Fjolnir.
Fille de Njord et sœur de Frey, la belle Freya est la déesse de l’amour. Une seule la surpasse en beauté Frigg, la femme d’Odin. Tous ceux qui s’aiment invoquent Freya, protectrice des passions de l’esprit et de la chair.
Elle réside à Folkvang, le Champ-des-Armées, mais ne passe que peu de temps dans sa demeure, car elle doit parcourir, dans son char attelé de deux chats, les plaines où se sont entre-tués les guerriers. Elle a le droit d’emmener avec elle la moitié des tués au combat, tandis que l’autre moitié revient à Odin. Ainsi, ceux qui tombent les armes à la main rejoignent le palais du dieu de la guerre ou la demeure de la déesse de l’amour, Sessrymnir, où se trouvent de nombreux sièges.
Épouse d’Od, le Furieux, Freya a deux enfants, Hnoss et Gersemi. Mais son mari l’a quittée pour voyager en des pays lointains. Aussi Freya pleure-t-elle sans cesse après lui. Ses larmes sont des gouttes d’or pur et on l’appelle parfois la déesse aux beaux sanglots. Son cou s’entoure du ruban Brising et elle possède un déguisement de faucon, qu’elle prête volontiers aux autres dieux, surtout lorsqu’ils veulent se rendre à Jotunheim, au pays des géants.
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Si Njord règne sur Noatun, la partie de l’océan qui borde le rivage et où les bateaux pratiquent le cabotage, c’est Aegir qui domine la haute mer. Ce n’est pas un dieu, mais un géant qui commande aux flots furieux et écumants, aux longues houles du large, aux tempêtes hurlantes et aux tourbillons effroyables. Il n’est pas question de pêcher, ni même de naviguer sur ces eaux en furie qui se trouvent entre le monde des hommes et le domaine des dieux. Le géant Aegir règne sur une immense frontière marine où les flots gris se confondent avec le ciel bas, dans une même couleur de plomb fondu que n’éclaire aucun soleil.
Les rapports sont étranges entre ce géant de la haute mer et les dieux. Leurs domaines voisinent et ils se rendent souvent visite. Dans son palais, Aegir organise de grands festins où il traite avec faste ses hôtes divins. Les reflets de la mer scintillent et la bière coule à flots tandis que se vident les cornes à boire.
Le géant Aegir est l’époux de Ran qui possède un filet dans lequel elle attrape ceux qui sont assez hardis et assez fous pour s’aventurer dans le domaine de la haute mer, où son mari règne en souverain absolu et cruel.
Leurs filles sont les vagues immenses. Elles ont des cheveux pâles et des voiles blancs. Quand le vent souffle, il les éveille et elles deviennent alors redoutables pour les hommes. Elles battent les rivages, assaillent les rochers, roulent les galets. Elles rendent inaccessibles les îles et périlleux les voyages. Elles dorment sur les rochers du fond de la mer.
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Il est un dieu qui occupe une place toute particulière. Il se nomme Loki. Intelligent et parfois génial, astucieux et toujours rusé, il n’a qu’une passion faire le mal. Il intrigue et détruit à plaisir. Sa seule joie est de nuire. Curieux, malin, vicieux, il est le plus infernal des Ases. Mais il appartient — sans nul doute — à leur race.
Fils du géant Farbauti, qui l’a engendré avec Laufey, la Feuille, Loki évoque le feu. Comme lui, il peut être bienfaisant, mais comme lui, il peut être destructeur. Il est capable du meilleur et du pire. Il reste l’incarnation du mal.
Loki n’est pas affreux comme un géant, mais beau comme un dieu. Il va personnifier le mal, mais le mal dans sa beauté et même sa séduction. Il corrompt l’air, la terre, l’eau et le feu. Il est partout. Puissant et rusé. Flamme du volcan, serpent de la mer, poison de la table, il apparaît comme la mort qui erre par le monde. Il envahit toute la nature. Comme son grand rival, Odin, il se trouve partout et s’unit à tous les éléments qu’il ronge et détruit.
Loki s’affirme toujours comme le calomniateur des dieux, le pourrisseur des hommes, le collaborateur des géants. Nul n’est plus rusé ni plus perfide. Le mensonge est sa seconde nature et la tromperie son premier plaisir.
Loki a épousé Sigyn et il en a deux fils, Vali et Nari. Bien plus que sa famille légitime, va compter dans l’histoire d’Asaheim la descendance monstrueuse que le fils de Laufey engendre avec la sorcière Angerboda, la Fauteuse-de-Mal. Tous deux donnent naissance à Hel, la géante gardienne du séjour des morts, au loup Fenrir et à Jormungand, le serpent de Midgard qui entoure la terre. Cette descendance fait courir un danger terrible aux dieux.
Partout où surgissent Loki et ses enfants, les méfaits comme les catastrophes s’annoncent. Le fils de Laufey appartient pourtant à la race des Ases, il est le frère juré d’Odin-Alfadir, le Père-de-Tout qui doit faire place à ce fourbe dans l’assemblée qui se tient près de la source d’Urdar, au-delà du pont Bifrost.
Le gardien de l’arc-en-ciel est le grand ennemi de Loki. Le fils de Laufey et le fils des neuf vagues se détestent. Car Heimdal est le gardien vigilant de l’ordre que veut ruiner le vil destructeur. Sans cesse, ils s’affrontent. Car, sans cesse, le chaos menace la rigueur. Le monde de l’harmonie et de la réconciliation ne se perpétue qu’entouré d’envieux et d’ennemis.
L’Ase Blanc tient l’Ase Noir à distance de cet idéal d’honneur qu’il garde comme un trésor.
Et tandis que le fils d’Odin et des neuf vagues venues de la haute mer continue à monter sa garde éternelle, son père court les neuf mondes à la recherche de l’héroïsme et de la mémoire, de la sagesse et de la magie.
(1) La graphie française la plus correcte serait sans doute Odhinn. Mais nous préférons une forme simplifiée, plus usuelle. Odin vient de l’imparfait (od) du verbe vada, marcher -d’où la forme allemande de Wotan. Odin est donc le dieu qui marche, ou qui chevauche. Il évoque la puissance en mouvement. C’est donc essentiellement le dieu du «devenir».
(1) Edda texte anonyme du XIllème siècle, connu sous le nom d’Edda ancienne ou dEdda poétique, qui restitue à partir de traditions orales les grands événements de la mythologie nordique.


