Le Danemark introduit la première interdiction mondiale des deepfakes, suscitant des inquiétudes quant à la liberté d’expression

En criminalisant les deepfakes non autorisés, le Danemark flirte avec un avenir où la protection de l’identité et le contrôle de la parole sont contraints de se placer dans le même cadre inconfortable.

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Le Danemark est sur le point d’adopter une loi radicale interdisant la diffusion de deepfakes non consensuels, une mesure qui suscite de vives inquiétudes quant à l’extension du contrôle gouvernemental sur l’expression en ligne. Si l’objectif affiché est de protéger les individus contre les usurpations d’identité malveillantes par le biais de médias générés par l’IA, cette approche soulève des inquiétudes quant à la censure et aux limites de la liberté d’expression.

Dévoilée en avril 2025, la législation criminaliserait l’utilisation de médias synthétiques imitant la voix ou l’apparence d’une personne sans son autorisation explicite. En vertu du cadre proposé, les personnes découvrant une utilisation non autorisée de leur image pourraient exiger le retrait du contenu, obligeant les plateformes à le retirer dès qu’elles en seront informées.

Bien que des exceptions aient été prévues pour la satire et la parodie, celles-ci sont étroitement définies et nécessitent un étiquetage visible pour être autorisées légalement. De tels qualificatifs risquent de restreindre la liberté créative et d’imposer un filtre réglementaire sur la manière dont l’humour ou le commentaire sont exprimés, en particulier lorsqu’ils sont utilisés avec des outils d’IA.

Le ministre du Gouvernement numérique, Jakob Engel-Schmidt, a insisté sur l’aspect répressif, déclarant : « Si une personne découvre que quelqu’un a réalisé une vidéo deepfake de lui sans autorisation, la loi fera en sorte que les géants de la technologie soient obligés de la retirer à nouveau. » Sa remarque souligne un état d’esprit législatif moins axé sur la liberté d’expression et davantage sur la conformité contraignante des plateformes.

Cette initiative législative intervient dans un contexte de recrudescence des tromperies liées à l’IA, notamment l’utilisation d’enregistrements vocaux frauduleux dans des escroqueries et de matériel pornographique synthétique impliquant des personnalités publiques. Le gouvernement danois y voit une justification à une intervention judiciaire préventive. Mais le risque réside dans la manière dont ce précédent pourrait être étendu ou détourné. Une fois qu’un système est en place pour déterminer ce qui est « autorisé », la frontière entre protection et répression peut rapidement s’estomper.

Si la loi européenne sur l’IA impose déjà l’étiquetage des contenus générés par machine, elle n’interdit pas l’utilisation de l’image d’une personne. La loi danoise irait bien plus loin, affirmant que la ressemblance biométrique constitue une propriété privée ; une notion qui, si elle était largement adoptée, pourrait freiner la réinterprétation artistique, les reconstitutions journalistiques et le discours politique anonyme.

Le projet de loi s’appuie sur une réglementation danoise antérieure de 2024 limitant les deepfakes dans les publicités politiques. Cette restriction plus stricte s’est désormais transformée en un mécanisme de contrôle de l’identité numérique de grande envergure, s’appliquant au grand public et non plus seulement aux personnes au pouvoir. Mais cette extension s’accompagne de l’introduction d’un dispositif qui, craignent les critiques, pourrait à terme servir des objectifs plus répressifs.

L’application pratique de cette loi constitue un autre problème non résolu. Déterminer si un deepfake a été réalisé avec ou sans consentement, notamment lorsque le contenu est publié hors du territoire danois, pose de graves complications logistiques et juridiques. Mais la question fondamentale la plus urgente est peut-être de savoir si une telle loi impose un compromis inacceptable : sacrifier la liberté d’expression au nom de la sécurité numérique.

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