D’après le livre de Robert DUN « L’âme européenne«

Le paganisme en négatif
Ce siècle aura entendu trois déclarations qui ont en commun de mettre en lumière l’incommensurable prétention des fanatiques des religions du désert.
La première est de votre coreligionnaire Walther Rathenau, chancelier de la République de Weimar dans les années 20, il dit en parlant des Juifs : « Savez–vous quelle est notre mission sur terre? C’est d’amener tous les hommes au pied du Sinaï. Si vous n’écoutez pas Moïse, c’est Jésus qui vous y amène ; et si vous n’écoulez pas Jésus, c’est Karl Marx ».
La seconde, la plus connue, est du Pape Pie XII : « Spirituellement, nous sommes tous des Sémites ».
Et la troisième est de vous-même, comme titre d’un chapitre de votre Testament de Dieu :
« Nous sommes tous des enfants d’Israël ».
Ma réponse aux trois est simple :
« Mêlez–vous de ce qui vous regarde. Si spirituellement, je suis sémite, aryen, hindou, chinois, aztèque ou papou, c’est à moi et à moi seul d’en décider ».
Pour que tout soit clair et que vous ne puissiez prétendre que je suis un sémite qui s’ignore, je précise ce qui suit et que j’ai déjà exprimé dans plusieurs livres et articles :
« Les trois religions du désert, judaïsme, christianisme et islam, ont en commun un dieu qui ordonne et interdit, récompense et punit, exige un culte exclusif. Pour notre sensibilité, cette perception du divin est une perception d’esclaves. Nous faisons nôtre la réponse du duc des Saxons, Widukind, au moine borné venu lui casser les oreilles dans sa cellule de prisonnier pour tenter de le convertir :
“Ma mère m’a donné son lait sans y mettre de conditions ; elle était meilleure que ton Dieu” ».
Nous rejetons toutes les révélations comme des phénomènes pathologiques et des fumisteries. Le « Dieu » du Sinaï n’a pas pensé à nous parler des devoirs envers les enfants, les animaux, les plantes. Or, nous autres païens, percevons l’âme jusque dans le minerai. Les récentes découvertes sur la transmission de pensée chez les animaux (macaques des îles au sud du Japon), sur la sensibilité des plantes aux sentiments humains et à la musique, sur leur capacité à communiquer entre elles par le langage des parfums, sur l’interdépendance des champs magnétiques de la terre, des arbres et des cerveaux humains (Theodor von Sucek) apportent la caution scientifique à la sensibilité païenne.
Vous accusez de manière réitérée les religions païennes de contenir potentiellement le fascisme. Cette accusation soulève deux problèmes. Il est d’une part indémontré que les régimes étiquetés fascistes soient plus intolérants que ceux étiquetés démocratiques. Dans plusieurs démocraties actuelles, France inclue, il n’y a pas de délit d’opinion, mais il y a des opinions qui sont des délits ! Savoureuse nuance… surtout lorsqu’il s’agit d’opinions basées sur des preuves scientifiques irréfutées, des statistiques écrasantes pour leurs adversaires. D’autre part, une vision païenne est à la base de toutes les sociétés tribales et celles-ci se dis-tinguent par un respect poussé de la liberté individuelle. Des nations restées d’esprit largement païen, comme les nations scandinaves, sont justement celles où la liberté est la mieux respectée. Par contre, il ressort que ce sont bien les religions du désert qui ont introduit le fanatisme religieux, dont le fanatisme idéologique n’est qu’un avatar. Alors que les Romains respectaient les dieux des colonisés et recherchaient même leurs faveurs, la persécution religieuse débute avec Moïse et ses successeurs. Nous recommandons à ce sujet de lire les chapitres de l’Exode et des Juges dans la Bible. On y découvre de véritables consignes de génocide contre les peuples de Canaan, consignes qui culminent contre les Amalécites chez qui on devra « tuer même les vaches». Les Israélites eux-mêmes furent victimes de ces persécutions déchaînées par des rabbins fanatiques, ancêtres spirituels de ceux qui jettent actuellement des pierres aux femmes aux bras nus dans les rues de Jérusalem ; les plus graves de ces persécutions eurent lieu après la cap-tivité de Babylone.
Barbarie des temps ? Mais tout au long de l’histoire, la constatation se confirme que les religions du désert ignorent la tolérance. D’abord, elles s’affirment toutes trois comme uniquement valables, admettant tout au plus les autres comme une marche d’approche vers elles. Les Romains persécutaient les chrétiens à contre-coeur, tentaient de composer avec les accusés, d’obtenir un geste sans portée profonde (l’offrande à l’empereur, simple acte d’allégeance politique) pour pouvoir les libérer. Ils toléraient tous les cultes. Seuls les Juifs et les Chrétiens furent des fauteurs de trouble, des iconoclastes qui obligèrent l’administration romaine à réagir dans le seul souci de l’ordre public, de la sécurité de l’État, mais jamais au nom d’une croyance religieuse. Une fois au pouvoir, les chrétiens firent régner l’intolérance, le refus du christianisme étant assimilé à la rébellion envers l’empereur. Les persécutions par les chrétiens dans la seule Europe représentent des milliers de fois les persécutions toujours locales et épisodiques subies par les chrétiens par leur unique faute.
La tolérance islamique est une fable. Le savant Ibn Khaldoun passa 25 ans de sa vie en prison, Avicenne travaillait en cachette et dans la seule ville de Damas, trois mille soufis (musulmans jugés hérétiques) finirent sur une croix. Qui n’a en mémoire les déchaînements de fanatisme chrétien pompés par le film de Scorcese, La dernière tentation du Christ, film qui n’a pourtant rien d’insultant ? Et aussi les appels au meurtre hurlés par des foules entières contre Salman Rushdie à cause de son livre Les versets sataniques ? Oui, Bernard- Henri Lévy, les faits sont têtus et se moquent des acrobaties du verbiage théologique au service de la politique: d’un bout à l’autre de l’histoire, il s’avère que les sources du fanatisme ne sont pas dans les religions païennes, comme vous le prétendez, mais au contraire dans les religions du désert, dans ces révélations qui inspirèrent à l’empereur Frédéric II, voltairien six cent ans avant Voltaire, son pamphlet Les trois imposteurs (Moïse, Jésus et Mohammed).
Sur Moïse, on ne saurait trop conseiller la lecture de Moïse et le phénomène judéo–chrétien, d’Emile Gillabert (Editions Metanoia), et sur le christianisme, celle de Saint Paul, le colosse aux pieds d’argile (même auteur, même édition).
Et pour terminer ce sous-chapitre sur le paganisme en négatif, pour bien montrer que nous n’avons rien à voir avec des « Sémites qui s’ignorent », voici de la manière la plus concise les raisons de notre différence consciente :
Nous refusons la notion de dieu-juge parce que nous ne nous sentons pas coupable d’exister, même avec nos imperfections.
Nous refusons la notion de rédempteur parce que notre dignité nous impose de porter nous-même notre destin éternel (d’accord sur ce point avec le bouddhisme).
Nous refusons le Bon pasteur parce que nous ne sommes pas des moutons.
Eh oui ! Cher Monsieur B.-H. Lévy, nous sommes des nuques roides, et bien décidés à le rester. Nous savons avec Nietzsche que les prêtres de toutes les religions fanatiques qui veulent nous faire croire en leur seul Dieu veulent en réalité que nous croyions en eux, qu’en voulant nous faire courber la tête devant leur Dieu, ils veulent nous la faire courber devant eux. Et nous savons aussi que ces fanatismes religieux à tous les niveaux sont des tentatives de valorisation personnelle de débiles, des béquilles pour des gens incapables de trouver en eux leur propre loi.
Celui qui trouve en lui-même sa loi respecte celle des autres :
« Tel est mon chemin, dit Nietzsche, cherchez le vôtre ».
Mais le béquillard s’effondre si quelqu’un sourit de ses béquilles ; le fanatisme est son indispensable recours. Au diable votre loi écrite !


