Double fusillade meurtrière dans un campement de migrants à Loon-plage, près de Dunkerque

Une personne a été tuée par balles dimanche près d’un camp du Nord de la France, où vivent des centaines de migrants voulant tenter la traversée vers l’Angleterre. La veille, un Soudanais avait déjà été mortellement touché par une autre fusillade. Plusieurs exilés, dont un bébé, ont également été blessés.

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Des migrants patientent pour une distribution de nourriture, près du camp de Loon-Plage, non loin de Dunkerque, en novembre 2024. Crédit : InfoMigrants

Double fusillade dans le nord de la France, ce week-end, à proximité du campement de migrants de Loon-plage, non loin de Dunkerque. Dimanche 15 juin, dans la soirée, une personne a été tué par balles et deux autres blessées, a appris l’AFP de source policière. La veille, samedi 14 juin, un autre échange de tirs dans la même zone avait déjà fait un mort et cinq blessés soudanais.

La victime décédée dimanche a été touchée par balle à la tête vers 18h40 dans le camp dit de Pont-à-Roseaux, a indiqué la source policière. Parmi les deux blessés, l’un a été grièvement blessé à la tempe et l’autre, blessé aux jambes, a pris la fuite. Les forces de police ont indiqué que quatre étuis de 9 mm ont été découverts sur place.

La préfecture a confirmé l’intervention des forces de l’ordre après des tirs d’armes à feu.

« Aucun accompagnement psychologique »

La veille, une personne soudanaise de 24 ans avait déjà été tuée et cinq autres blessées par balles, dont un grièvement, près du même camp de Loon-Plage. Une femme et un bébé ont été légèrement blessés, selon la procureure de la République de Dunkerque, Charlotte Huet. « Le pronostic vital du bébé n’est pas engagé », a précisé l’association Utopia 56, jointe par InfoMigrants. Tous les blessés étaient également soudanais, d’après une source policière.

Deux personnes, déclarant être un Irakien de 29 ans et un Afghan de 16 ans ont été placés en garde à vue, avait indiqué samedi le parquet qui a ouvert une enquête pour meurtre et tentatives de meurtre en bande organisée et détention d’armes de catégorie A (à laquelle appartiennent notamment les armes d’épaule) et B.

« On regrette qu’après ces fusillades, aucun accompagnement psychologique n’ait été mis en place à Loon-plage pour venir en soutien à ces populations d’exilés, qui ont très peur, qui ne savent pas très bien ce qu’il se passe », a confié Salomé, membre d’Utopia 56 à Grande-Synthe, jointe par InfoMigrants. « Il y a beaucoup de tensions depuis deux ou trois semaines. Elles coïncident avec des démantèlements plus fréquents, des destructions de lieux de vie qui ont désormais lieu chaque semaine ici ».

D’autres fusillades avaient déjà eu lieu

Le camp de Loon-Plage fait régulièrement face à un climat de violence, qui peut éclater entre des migrants candidats à la traversée de la Manche en small-boats, épuisés par des conditions de vie indignes. Mais surtout entre des passeurs qui n’hésitent pas à recourir à la violence pour conserver leurs territoires face aux clans rivaux. 



Ce n’est pas la première fois que des fusillades se produisent dans la région. Le 23 et 26 mai, deux migrants avaient été successivement blessés par balle, dans le même camp de Loon-Plage, rapportait La Voix du Nord.

Le premier exilé avait été touché au niveau du pied, tandis que le second, un Afghan âgé de 26 ans, avait reçu une balle dans la cuisse et avait été transporté à l’hôpital, sans pronostic vital engagé. Deux enquêtes de police avaient été ouvertes sur ces faits.

En août 2024, trois migrants soudanais avaient aussi été blessés lors de trois fusillades distinctes dans les camps du nord de la France. Les autorités estimaient que ces incidents étaient liés à des conflits internes entre exilés, opposant les Afghans aux Soudanais.

Le 1er avril 2024, un migrant avait, lui, été poignardé à mort à Loon-Plage. D’après des sources policières consultées par l’AFP, il s’agissait d’un homme âgé d’une trentaine d’années.

« Il y a des règlements de comptes entre passeurs qui sont sur le camp », expliquait en 2022 à InfoMigrants Claire Millot, secrétaire générale de l’association Salam, présente à Loon-plage. « Il y a des querelles de pouvoir, de territoire… Mais, pour nous, ce ne sont pas des règlements de comptes entre migrants lambda […] Les conflits, c’est entre les passeurs. »

De très nombreux candidats à l’exil séjournent actuellement sur le littoral, dans l’espoir de traverser la Manche clandestinement à la faveur d’un météo propice aux départs.

L’association Salam évalue à 1 500 à 2 000 leur nombre dans cette zone actuellement.

Ces traversées périlleuses ont coûté la vie à au moins 15 personnes depuis le début de l’année. L’année dernière, ce sont 78 migrants qui ont perdu la vie sur cette route migratoire, un record.

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« 200 tentes au total » : évacuation d’un campement de jeunes migrants dans le nord de Paris

Ce mercredi, dès 7h du matin, les forces de l’ordre ont procédé à l’évacuation d’un campement de jeunes migrants – en recours pour faire reconnaître leur minorité – dans le nord de Paris, le long du canal Saint-Denis. « Il faut réformer le système d’accueil : déplacer des personnes ne les fera pas disparaître », a réagi Paul Aluzy, le porte-parole de Médecins du Monde, présent sur place.

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Plusieurs dizaines de mineurs isolés étrangers, originaires d’Afrique de l’ouest et subsaharienne, installés le long du canal Saint-Denis dans le nord de Paris, ont été évacués mercredi 11 juin dans la matinée par les forces de l’ordre, ont confié des associations parisiennes contactées par InfoMigrants.

Dès 7h du matin, des jeunes migrants en recours pour faire reconnaître leur minorité ont plié leurs maigres affaires dans des sacs poubelle siglés de la mairie de Paris avant de quitter les lieux. « Ce campement, vers le pont de Flandres, non loin du périphérique parisien, existait depuis trois mois, certains occupants étaient auparavant à la Gaité lyrique« , indique Paul Alauzy, porte-parole de Médecins du monde, joint par la rédaction.

« Il y avait environ 200 tentes au total, et je dirais 80 % de mineurs isolés, le reste étaient des adultes. J’ai vu aussi quelques Afghans, des réfugiés statutaires, qui venaient d’autres campements mais qui espéraient une place en hébergement CAES [centres d’accueil, ndlr] ».



Comme toujours, les conditions de vie, sur un bout de bitume, n’étaient pas simples pour ces adolescents étrangers. À la violence de la rue, s’est aussi ajoutée la proximité avec des consommateurs de drogue dure. Les migrants vivaient à quelques mètres « d’une grosse scène de consommation de crack de Paris », a précisé le militant de Médecins du monde. La zone située au nord de Paris, vers le quai de l’Allier, dans le 19e arrondissement de Paris, est un carrefour bien connu des usagers de crack. « C’est violent pour les jeunes d’être confrontés à ce monde-là – qui reste un public aussi vulnérable. C’est facile pour personne ». 

Peu de personnes sont montés dans les bus affrétés par la préfecture

Le démantèlement s’est déroulé dans le calme, mis à part « quelques policiers qui ont secoué les tentes pour réveiller les personnes encore endormies », précise de son côté Luc Viger, chargé du pôle MNA (mineurs non accompagnés) chez Utopia 56. 

« Deux cars ont été mis à disposition pour évacuer les personnes qui le souhaitent vers des accueils en région », a indiqué sur place le préfet de la région d’Ile-de-France Baptiste Rolland. Quelques places dans des établissements spécialisés pour les usagers de drogues sont également proposées, a-t-il ajouté.

Le campement de la Villette évacué ce mercredi 11 juin, dès 7h du matin. Crédit : Médecins du monde.

Mais peu de personnes en ont profité. D’une part parce que les mineurs refusent de quitter la région parisienne où ils attendent généralement leur audience avec un juge pour enfants. « Certains acceptent parfois de partir en région, mais les retours que nous avons sont dramatiques. Les jeunes nous disent qu’ils sont remis à la rue rapidement quand ils se présentent comme mineurs, ou qu’on les presse à déposer une demande d’asile ou à signer des documents disant qu’ils sont majeurs », explique encore Luc Viger. « Ces SAS [centres d’accueil] ne sont pas adaptés au MNA. C’est pas une solution, mais un camouflet », ajoute le porte-parole de Médecins du Monde.

Etre héberger en région parisienne, mission quasi impossible

D’autre part, parce que les bus affrétés par la préfecture vont souvent en province, en l’occurrence vers Bordeaux ce mercredi matin. « Il est impossible pour les adultes qui étaient présents sur ce campement de rester dans un centre en Ile-de-France. Pour rester ici [dans les environs de la capitale] il faut être BPI [réfugié statutaire ou sous protection subsidiaire, ndlr], avoir un CDI ou un CDD de 9 mois minimum », précise Paul Alauzy. « Quand on ne remplit pas ces critères, on doit obligatoirement aller en région. C’est un scandale. Imaginez un réfugié qui a réussi à trouver un emploi, mais qui travaille avec un CDD de 6 mois à Paris… Comment fait-il ? Il va à Bordeaux ? »

Mahibelal, un Afghan réfugié statutaire en France depuis 2018, n’est pas monté dans un bus, ce mercredi matin. L’homme qui n’a pas d’autre logement promet de revenir ce soir. « Il y a toujours des camps ici, les autorités ont une obstination à déplacer le problème », réagit encore Paul Alauzy, « Il faut réformer le système d’accueil : déplacer des personnes ne les fera pas disparaître […] On vient emme*** des étrangers qui veulent un toit sur des détails comme la durée de leur CDD ».

Depuis des années, les associations et les militants dénoncent les politiques des gouvernements successifs qui empêchent la formation de campements de migrants partout sur le territoire national. Une stratégie qui a pour conséquences d’invisibiliser les exilés et de rendre le travail des ONG plus compliqué. Les migrants étant éparpillés partout, il est difficile pour les humanitaires d’effectuer un suivi et de repérer les cas les plus vulnérables.

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Paris : un campement de plus de 200 migrants évacué par la police

Mercredi, un campement de migrants installé sous le métro parisien dans le 19e arrondissement de Paris a été démantelé par les policiers. Plus de 250 personnes ont été « mises à l’abri » et orientées vers des centres en région ou en Ile-de-France. Les associations réclamaient depuis plusieurs semaines cette évacuation, le campement étant touché par une épidémie de gale.

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Démantèlement du camp de migrants boulevard de la Villette, le 14 mai 2025. Crédit : Médecins du monde

Peu après 7h mercredi 14 mai, les policiers et les CRS déployés en nombre ont évacué le campement de migrants du boulevard de la Villette, établi sous le métro aérien, entre la station Jaurès et Colonel-Fabien, dans le 19e arrondissement de Paris.

Plus de 200 migrants s’étaient installés ces derniers mois derrière des barrières, sur un lieu de dépôts de matériels de chantier. « C’était devenu une décharge. Les exilés vivaient au milieu de leurs déchets car ils ne disposaient pas de poubelles, de toilettes et d’eau », explique à InfoMigrants Paul Alauzy, coordinateur de la veille sanitaire à Médecins du monde (MdM) Paris.

Épidémie de gale

Les associations réclamaient depuis de nombreuses semaines leur mise à l’abri. Le camp était caché, peu visible donc « il ne dérangeait pas », affirme le responsable associatif. Ces dernières années, les autorités suivent une logique du « zéro point de fixation », et démantèlent quasi instantanément tout nouveau lieu de vie informel qui se forme dans la capitale.



« Cela fait un mois que nous avons alerté la mairie et la préfecture mais personne n’a bougé jusque-là. La situation dans le camp était apocalyptique en termes d’hygiène », insiste Paul Alauzy. Une épidémie de gale s’était propagée sur le site, rendant les conditions de vie encore plus compliquées.

Dans le camp, les exilés – originaires majoritairement d’Érythrée et d’Éthiopie – n’étaient que de passage : la plupart venaient juste d’arriver en France et ne restaient que quelques nuits sur les lieux avant de repartir vers le nord du pays, pour ensuite tenter d’atteindre le Royaume-Uni. Les sacs de couchage et les matelas contaminés passaient de main en main, ce qui explique la propagation rapide de l’épidémie de gale.

Des orientations en région et en Ile-de-France

Après plusieurs relances des associations, la préfecture a donc mis à l’abri 273 personnes mercredi, a-t-elle indiqué au Parisien. Parmi eux, une quarantaine de personnes en famille, précise à InfoMigrants Utopia 56.

Quatre bus, affrétés par les autorités, ont orienté les exilés vers des SAS régionaux à Strasbourg, Rennes, Besançon et Bordeaux, et quatre autres vers des CAES (centre d’accueil et d’examen de la situation) de la région parisienne. « Seuls ceux qui avaient une preuve d’un CDD longue durée, d’un CDI ou d’un suivi médical lourd ont pu rester en Ile-de-France », signale Paul Alauzy.

Le camp était touché par une épidémie de gale. Crédit : Médecins du monde

En outre, 40 individus ne sont pas montés dans les bus « car ils ne remplissaient pas les critères », rapporte la préfecture au journal local.

« Cela en dit long sur la méthode choisie par la préfecture. L’objectif demeure uniquement sécuritaire : il consiste à déplacer la population migrante qui dérange, sans travailler sur la situation sociale de ces personnes », déplore le responsable de MdM.

Depuis des années, les associations et les militants dénoncent les politiques des gouvernements successifs qui empêchent la formation de campements de migrants partout sur le territoire national. Une stratégie qui a pour conséquences d’invisibiliser les exilés et de rendre le travail des ONG plus compliqué. Les migrants étant éparpillés partout, il est difficile pour les humanitaires d’effectuer un suivi et de repérer les cas les plus vulnérables.

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