Contrôle d’identité au faciès : la Cour européenne des droits de l’homme condamne la France

La Cour européenne des droits de l’homme a donné raison à Karim Touil jeudi et condamné la France pour un contrôle d’identité discriminatoire. L’homme avait été contrôlé trois fois en dix jours en 2011.

3–5 minutes
© Alain Jocard, AFP | Des policiers parisiens quittent une station de métro après avoir arrêté deux hommes qui auraient volé un voyageur endormi, le 27 avril 2024.

La Cour européenne des droits de l’homme a donné raison à Karim Touil jeudi et condamné la France pour un contrôle d’identité discriminatoire. L’homme avait été contrôlé trois fois en dix jours en 2011.

La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la France pour un contrôle d’identité discriminatoire jeudi 26 juin, mais donné tort à cinq autres Français qui dénonçaient des contrôles au faciès.

Le requérant qui a obtenu gain de cause, Karim Touil, avait subi trois contrôles d’identité en l’espace de dix jours en 2011. Dans son arrêt rendu jeudi, la Cour relève qu’il n’a pas été apporté de « justification objective et raisonnable » de viser Karim Touil pour aucun des trois contrôles.

Tout en se disant « bien consciente des difficultés pour les agents de police de décider, très rapidement et sans nécessairement disposer d’instructions internes claires, s’ils sont confrontés à une menace pour l’ordre ou la sécurité publics », la cour conclut qu’il existe dans le cas de Karim Touil, « une présomption de traitement discriminatoire à son égard et que le gouvernement n’est pas parvenu à la réfuter ».

La France est par conséquent condamnée pour violation de l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme, relative à l’interdiction de la discrimination, combiné avec l’article 8 (droit au respect de la vie privée et familiale).

L’État doit verser 3 000 euros à Karim Touil pour dommage moral.

Empêcher les contrôles discriminatoires

En revanche, la cour a jugé que les contrôles subis par les cinq autres requérants n’ont pas été effectués pour des motifs discriminatoires. Elle ne relève pas l’existence de défaillance structurelle en la matière.

C’est l’épilogue d’un long combat judiciaire pour ces six Français, d’origine africaine ou nord-africaine et résidant à Roubaix, Marseille, Vaulx-en-Velin, Saint-Ouen et Besançon. Tous dénonçaient des « contrôles au faciès », subis en 2011 et 2012.

Après avoir perdu devant la justice française, ils ont saisi en 2017 la CEDH, qui veille au respect de la Convention européenne des droits de l’homme dans les 46 États qui l’ont ratifiée.



Ils demandaient à la cour de condamner la France pour discrimination, violation de leur vie privée et de leur liberté de circulation.

Ils souhaitaient aussi contraindre les autorités françaises à mettre en place des mesures pour empêcher les contrôles discriminatoires et garantir une traçabilité de ces contrôles, avec la remise d’un récépissé lors de chaque contrôle d’identité, par exemple.

Ces six requérants font partie d’un groupe de 13 hommes qui s’étaient lancés dans un combat judiciaire, dénonçant des contrôles injustifiés, parfois associés à des palpations, des insultes ou du tutoiement.

Après avoir perdu en première instance en 2013, les plaignants avaient fait appel et en 2015, la cour d’appel de Paris avait donné raison à cinq d’entre eux, condamnant l’État à verser 1 500 euros de dommages et intérêts à chacun.

En 2016, la Cour de cassation avait définitivement condamné l’État dans trois dossiers, une première historique.

Six hommes qui n’avaient pas obtenu gain de cause avaient décidé de porter l’affaire devant la CEDH.

Augmentation des contrôles

La proportion de personnes ayant fait l’objet d’un contrôle d’identité a fortement augmenté entre 2016 et 2024, selon une enquête du Défenseur des droits (DDD) dévoilée mardi, pour laquelle 5 030 personnes ont été interrogées.

En 2024, 26 % des personnes interrogées ont déclaré avoir été contrôlées par la police ou la gendarmerie au moins une fois au cours des cinq dernières années, contre 16 % en 2016.

Les hommes jeunes et perçus comme arabes, noirs ou maghrébins ont quatre fois plus de risques de faire l’objet d’au moins un contrôle d’identité que le reste de la population et 12 fois plus de risques d’avoir un contrôle poussé (fouille, palpation, ordre de partir), révèle cette enquête.

Plus d’une personne sur deux (52 %) déclare ne pas avoir reçu de justification du contrôle et 19 % des personnes contrôlées évoquent des comportements inappropriés de la part des forces de l’ordre lors du contrôle (tutoiements, insultes, provocations, brutalité).

Au regard de ces résultats, la Défenseure des droits Claire Hédon a émis plusieurs recommandations, dont la traçabilité des contrôles d’identité afin de garantir aux personnes contrôlées la possibilité d’exercer un recours, notamment en cas d’allégation de discrimination.

Avec AFP

Voir l’article original cliquez ci dessous :

Voir l’article

Page d'accueil pour retourner sur le site
Aller à l’accueil


La Cour de justice de l’UE sanctionne les Pays-Bas pour ne pas avoir accordé la priorité aux migrants

Un arrêt de la Cour de justice de l’UE pourrait contraindre le gouvernement néerlandais à payer plus de 100 millions d’euros d’indemnisation pour ne pas avoir traité à temps des milliers de demandes d’asile.

3–4 minutes
Un migrant, faisant partie d’un groupe de 47 personnes, dont des mineurs, boit du thé sur le pont du navire de sauvetage battant pavillon néerlandais Sea Watch 3 ancré au large de Syracuse, en Sicile, le 26 janvier 2019. Photo : FEDERICO SCOPPA / AFP

Le gouvernement néerlandais pourrait être contraint de verser plus de 100 millions d’euros d’indemnisation aux demandeurs d’asile après un récent arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), réduisant considérablement la liberté des États membres de gérer les pressions migratoires selon leurs propres conditions. 

L’arrêt rendu le 8 mai dans l’ affaire Zimir restreint considérablement les conditions dans lesquelles les gouvernements peuvent retarder les décisions d’asile, laissant le gouvernement néerlandais juridiquement exposé – et politiquement acculé. Alors que les services publics sont débordés, Bruxelles sanctionne un État membre de l’UE pour ne pas avoir accordé la priorité absolue à des personnes qui ne sont même pas des citoyens européens.

Cette décision concerne directement environ 18 000 demandeurs d’asile qui attendent entre six et quinze mois une solution, dépassant largement le délai de six mois prévu par le droit européen. Si chacun d’entre eux réclame l’indemnisation maximale – 7 500 € – le total pourrait facilement dépasser les 100 millions d’euros. Ce montant s’ajoute aux près de 37 millions d’euros déjà versés l’an dernier au titre d’amendes similaires. Bruxelles se montre peu préoccupée par la pression exercée sur les services publics néerlandais ; sa principale préoccupation semble être la protection des droits procéduraux des étrangers.

La CJUE a clairement indiqué que seule une crise soudaine et de grande ampleur – telle qu’un conflit armé ou un afflux imprévu – justifie une prolongation des délais. L’augmentation progressive du nombre de demandes d’asile ou le manque de personnel ne constituent pas des motifs acceptables.

Cela remet en question des années de politique d’asile néerlandaise. Sous le mandat de l’ancien ministre Eric van der Burg, le gouvernement avait prolongé le délai de traitement à 15 mois, invoquant une surcharge du système et un manque de personnel au Service de l’immigration et de la naturalisation (IND). Cette approche a désormais été jugée illégitime par Bruxelles.



L’actuelle ministre de l’Asile, Marjolein Faber (PVV), a reconnu l’ampleur du défi. « Il faudra des années », a-t-elle déclaré au Parlement, pour revenir aux délais légaux. Parallèlement, l’IND prend encore en moyenne 72 semaines – près de trois fois le délai légal – rien que pour le deuxième entretien, préalable à toute décision officielle.

Les critiques se sont multipliées. Le député du NSC, Diederik Boomsma, a averti : « Le gouvernement doit agir maintenant pour éviter ce genre de saignée économique », qualifiant la situation d’« insoutenable juridiquement et politiquement ». L’avocat spécialisé en droit d’asile, Michael Yap, a été encore plus direct : « L’État ne peut s’en prendre qu’à lui-même. L’IND peut traiter un dossier en quelques jours, mais le problème, c’est qu’il ne commence à s’en occuper que des mois plus tard. »

Tout cela survient à un moment politiquement sensible. Le nouveau gouvernement de centre-droit tente de réduire la charge que le système d’asile fait peser sur les ressources de l’État. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : des milliers de personnes sont hébergées dans des centres d’hébergement temporaires ou des hôtels, pour un coût de la nuit supérieur à 300 €. Le regroupement familial, notamment parmi les Syriens, continue de stimuler les arrivées.

En réponse, la ministre Faber a annoncé une série de réformes, notamment la limitation du droit au regroupement familial et le durcissement de l’accès à l’asile. Mais elle doit désormais composer avec une machine juridique européenne apparemment déterminée à imposer ses règles, même au détriment de la souveraineté nationale. Avec cet arrêt, la CJUE a tracé une ligne rouge : les droits des demandeurs d’asile priment, même si cela implique de pénaliser financièrement un pays qui ne peut tout simplement pas en accueillir davantage.

Voir l’article original cliquez ci-dessous :

Voir l’article

Page d'accueil pour retourner sur le site
Aller à l’accueil