Exaspérés par le projet du gouvernement de réduire leurs retraites, les magistrats belges vont envoyer en prison 4.000 personnes condamnées à de courtes peines de prison.

Leur réaction va à l’encontre d’une demande du ministre belge de la Justice, qui avait demandé de ne pas envoyer en prison les personnes condamnées à de courtes peines en raison de la surpopulation carcérale.
Les prisons belges accueillent actuellement environ 11 000 détenus, alors qu’elles n’ont qu’une capacité de 9 000 places. Plutôt que d’agrandir les infrastructures pénitentiaires, le gouvernement a choisi de désengorger les établissements pénitentiaires en libérant les personnes purgeant de courtes peines ou en les évitant d’emblée.
Plus récemment, le gouvernement actuel a annoncé une mesure d’urgence accordant une libération anticipée aux migrants sans papiers afin de leur donner plus de place.
En plus d’envoyer 4 000 personnes dans un système carcéral déjà surpeuplé, les magistrats en colère ne répondront plus aux questions parlementaires ni ne conseilleront le gouvernement ou le parlement.
Frédéric Van Leeuw, procureur général de Bruxelles, s’exprimant au nom du Collège des procureurs généraux, a déclaré que ces mesures intervenaient parce que « le gouvernement est tout simplement allé trop loin. À un moment donné, le seau déborde. »
Il a déclaré à l’émission de radio De Ochtend que les réformes gouvernementales n’ont pas allégé la charge de travail déjà élevée et ont plutôt introduit des réductions dans les pensions, même de certains magistrats déjà à la retraite, sans aucune consultation avec le secteur.
Van Leeuw a déclaré que les politiques du gouvernement étaient « disproportionnées ».
Il a ajouté que les magistrats avaient seulement décidé d’envoyer les 4 000 personnes en prison, mais qu’il appartenait aux directeurs de prison, qui dépendent du ministre de la Justice, de décider s’ils les accueilleraient.
Van Leeuw a déclaré que les gens ne devraient pas comparer les salaires et les pensions des magistrats à ceux des personnes du secteur privé, soulignant la nécessité pour eux d’être indépendants.
Il a déclaré que la plupart des magistrats en Belgique recevaient la pension maximale, plus de 8 000 euros bruts par mois, la plus élevée possible, mais que 30 pour cent de cette pension étaient menacés de suppression.
Cela rendrait les emplois de magistrat peu attrayants à l’avenir, a-t-il affirmé.
Il a déclaré que la plupart des magistrats possédaient de nombreuses qualifications et étaient des personnes hautement compétentes. Il a ajouté qu’il existait un consensus sur le fait que leurs pensions étaient des salaires différés.
En fin de compte, a-t-il averti, une baisse de leurs retraites menacerait leur indépendance. Faisant la comparaison avec les politiciens, il a souligné que les personnes sachant qu’elles ne percevront pas une retraite élevée commenceraient à chercher d’autres opportunités.
« Si les magistrats commencent à faire cela [rechercher des emplois confortables en fin de carrière, comme les politiciens], ce serait un gros problème. »
Ils se tourneraient vers les entreprises pour obtenir une retraite décente, comme l’ont fait de nombreux anciens commissaires européens, ce qui conduirait à des règles de période de réflexion, les empêchant de faire du lobbying ou du plaidoyer rémunéré, pendant une période déterminée pour éviter les conflits d’intérêts et garantir leur indépendance.
Pour que les magistrats ne tombent pas dans le même piège, a soutenu Van Leeuw, ils devraient pouvoir maintenir leur niveau de vie intact.
Kathleen Van De Vijver, porte-parole du système pénitentiaire, s’est dite mécontente de la décision des magistrats, qui n’ont pas été informés à l’avance et ont appris la décision par les médias.
Elle a déclaré que la décision des magistrats mettait en danger leurs travailleurs et la société dans son ensemble, la qualifiant de « totalement incompréhensible ».
En Belgique, un salarié perçoit une pension moyenne de 1.634 € par mois et un indépendant de 1.197 €.
Les magistrats n’ont pas été les seuls à agir en Belgique. Les chemins de fer ont été touchés par une vague de grèves en réaction aux réformes et aux modifications des retraites, notamment le projet de suppression progressive de leur régime de retraite anticipée privilégié, qui permettait à certains travailleurs de prendre leur retraite dès 55 ans.
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