Marine Le Pen, dirigeante de facto du parti Rassemblement national (RN), s’est réaffirmée comme « profondément eurosceptique » dans une interview au journal El País .

Dans l’article publié le 19 décembre, elle analyse le paysage politique actuel, les tensions internes au sein du gouvernement du président français Emmanuel Macron et ses propositions pour la France et l’Europe.
Dans le contexte de son procès pour détournement présumé de fonds européens, qui pourrait entraîner sa disqualification politique aux prochaines élections françaises prévues en mai 2027, Marine Le Pen a exprimé sa détermination à maintenir son influence au Parlement et à continuer de défendre les intérêts de ses électeurs.
Depuis que Macron a dissous l’Assemblée nationale en juin, le RN est devenu une force clé, consolidant son rôle d’opposition efficace.
L’avenir politique de Le Pen pourrait être compromis le 31 mars, date à laquelle devrait être rendu le verdict de son procès qui pourrait l’exclure de la politique pendant cinq ans.
Malgré cette incertitude, elle a assuré que sa priorité restait « l’intérêt du peuple français ». Elle a prévenu qu’elle n’hésiterait pas à agir contre le gouvernement s’il ignorait les propositions de son parti.
Le Pen a évoqué la récente nomination de François Bayrou au poste de Premier ministre français, affirmant que son rôle ne devrait pas être de développer ses propres politiques mais d’élaborer un budget reflétant les positions des trois principales forces au sein de l’Assemblée nationale.
Elle a prévenu que si Bayrou suivait le même chemin que son prédécesseur déchu Michel Barnier et proposait un budget qui ne tiendrait pas compte des revendications du RN, le résultat serait le même : « Les mêmes causes produiront les mêmes effets », a-t-elle déclaré.
Marine Le Pen a rappelé que Barnier avait été évincé en raison de son refus d’indexer les retraites sur l’indice des prix à la consommation (IPC), une position jugée inacceptable par le RN. « Il est tombé par excès d’orgueil. Il pensait qu’on se contenterait de miettes », a-t-elle ajouté.
À cet égard, elle a souligné que son parti ne tolérerait pas d’augmentation d’impôts dans un contexte où de nombreuses familles ont du mal à payer leurs factures.
Rejetant les accusations de déstabilisation du gouvernement, Le Pen a directement imputé à Macron l’instabilité politique en France.
Elle l’a accusé d’avoir créé une dette de 1 000 milliards d’euros en sept ans et d’avoir dissous l’Assemblée sous la fausse croyance qu’il gagnerait les élections.
Selon Le Pen, le RN n’a fait qu’utiliser les outils constitutionnels pour imposer la volonté des 11 millions d’électeurs qui ont soutenu le parti.
Sur la possibilité d’une démission d’Emmanuel Macron, elle a évité de se prononcer définitivement mais a laissé entendre que le président pourrait atteindre les limites de sa capacité à gouverner. « C’est à lui de déterminer s’il peut continuer à jouer son rôle sans plus apporter quelque chose de vraiment positif au pays », a-t-elle déclaré.
Marine Le Pen a renforcé sa position critique à l’égard de l’Union européenne, la décrivant comme « antidémocratique et contraire à la souveraineté nationale ».
Elle a particulièrement critiqué l’accord Mercosur-UE, le qualifiant d’exemple de la manière dont les décisions prises par la Commission européenne portent atteinte aux intérêts des citoyens européens.
« La Commission [de la présidente de la Commission européenne, Ursula] Von der Leyen incarne tout ce contre quoi nous luttons », a-t-elle déclaré.
Selon Marine Le Pen, l’accord, qui pourrait être signé sans consultation des représentants français, reflète un problème structurel dans le fonctionnement de l’UE : « Je ne peux pas l’accepter », a-t-elle déclaré, ajoutant que les décisions prises « dans le dos des électeurs » étaient inacceptables.
Concernant le procès qui pourrait mettre en péril sa carrière politique, elle a qualifié d’« attaque violente et injuste » la demande du procureur de la convoquer au tribunal.
Même des personnalités de gauche, comme le leader de La France Insoumise Jean-Luc Mélenchon, ont décrit le processus comme une « Inquisition des temps modernes », a affirmé Le Pen.
Pour elle, une condamnation dans ce contexte représenterait une attaque directe contre la légitimité démocratique, visant à annuler la volonté de millions d’électeurs.
Elle a catégoriquement rejeté les allégations selon lesquelles le processus judiciaire avait influencé sa stratégie politique, qualifiant ces théories d’« absurdes » et de « conspirationnistes ».
Le Pen a reconnu que le procès avait suscité un tollé public, révélant, selon elle, comment certains juges pouvaient influencer directement les résultats des élections.
En matière d’immigration, elle a plaidé pour des mesures drastiques, comme la restriction de la libre circulation au sein de l’espace Schengen aux seuls citoyens des États membres et l’interdiction de l’entrée des personnes sans autorisation préalable.
Elle a fait valoir que la migration de masse surchargeait les systèmes sociaux français et a proposé des politiques visant à encourager des taux de natalité nationaux plus élevés pour contrer les pressions démographiques.
« Nous devons arrêter cette immigration et faire des enfants », a-t-elle déclaré, niant tout lien entre ces déclarations et les théories de remplacement ethnique.
Selon Le Pen, le véritable problème réside dans le déséquilibre démographique entre l’Europe et l’Afrique, où les taux de natalité sont nettement plus élevés.
Sur le plan international, elle a critiqué la stratégie de l’Europe dans la guerre en Ukraine, affirmant que le conflit ne pouvait être gagné sans l’implication directe de l’OTAN, qui, selon elle, serait catastrophique.
Elle a exprimé l’espoir que le président américain élu Donald Trump puisse servir de médiateur pour trouver une solution diplomatique.
Concernant le président russe Vladimir Poutine, Le Pen a rejeté l’idée qu’il représentait une menace directe pour l’UE, arguant qu’il manquait « d’ambitions ou de moyens » pour conquérir le continent.
Bien qu’elle ait déclaré qu’elle le considérait auparavant comme un homme d’État important, elle a évité de porter un jugement définitif sur son leadership actuel.
Le Pen a conclu en soulignant que son parti était préparé à tous les scénarios, y compris sa disqualification potentielle.
Elle a insisté sur le fait que le RN comptait une figure forte en la personne de son protégé politique, l’actuel chef du parti Jordan Bardella, mais a réitéré que son objectif ultime restait d’être candidate à la présidentielle aux prochaines élections.
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