Le chanteur de musique country John Rich s’en est pris aux Grammy Awards après que Beyoncé ait remporté le prix du meilleur album country, alors qu’il critique la décision de l’émission de devenir plus diversifiée.
La star de la musique country John Rich a critiqué les Grammy Awards qui se sont déroulés à la Crypto.com Arena de Los Angeles. Les récompenses sont également sous le feu des critiques, car elles se veulent plus diversifiées et inclusives que jamais. L’auteur-compositeur-interprète de 51 ans s’est rendu sur les réseaux sociaux pour exprimer sa frustration face au fait que la musique de Beyoncé soit étiquetée comme de la musique country, tout en révélant le fonctionnement des récompenses musicales.
Il a écrit sur les réseaux sociaux : « Les gens me demandent comment fonctionnent les cérémonies de remise de prix. Les labels et les éditeurs ont tous des blocs de votes. Ils concluent des accords entre eux, du genre « vous votez pour moi, nous voterons pour vous ».
Il a continué : « Cela n’a RIEN à voir avec qui a fait la meilleure musique, donc Beyoncé avec le prix de l’album country de l’année. Sympa, non ? C’est la même chose avec les CMA, les ACM, Billboard, etc… tous fonctionnent exactement de la même manière. » Il a terminé sa diatribe en écrivant : « Hier soir, les Grammy ont fait leur coming out de manière spectaculaire. »
En réponse, un fan a répondu : « Je ne savais pas que Beyoncé chantait de la country. » Rich a répondu sauvagement en deux mots : « Elle ne le fait pas. »
Le mythique groupe est représenté par la chanson «Now and Then», permise par l’intelligence artificielle.
3–4 minutes
Une fresque représentant les Beatles, «chez eux», à Liverpool.AFP
Cette année aux Grammy Awards, les nominés au prestigieux prix du meilleur enregistrement comprennent des poids lourds contemporains comme Beyoncé et Kendrick Lamar, mais aussi les Beatles, séparés depuis plus de cinquante ans.
Une prouesse permise par l’intelligence artificielle, qui a inévitablement déclenché une polémique.
Le mythique groupe britannique a sorti une nouvelle chanson «Now and Then», alors que seuls deux de ses membres sont encore en vie. Contrairement aux craintes des fans, le morceau ne comprend aucun «deepfake» imitant les Beatles.
L’intelligence artificielle a simplement été utilisée sur une démo remplie de bruits parasites, enregistrée il y a des décennies, ce qui a permis d’isoler la voix de John Lennon.
Les créateurs y ont ensuite ajouté des guitares électriques et acoustiques enregistrées en 1995 par George Harrison, puis ont complété la chanson avec la batterie de Ringo Starr et la basse, le piano et la guitare slide de Paul McCartney, ainsi que des chœurs supplémentaires.
«Rien n’a été créé artificiellement» sur cette chanson, a d’ailleurs insisté Paul McCartney.
Seuls les créateurs humains sont éligibles»
Mais la nomination de «Now and Then» pour le prix du meilleur enregistrement et celui de la meilleure performance aux Grammy Awards, qui auront lieu dimanche à Los Angeles, a quand même fait tiquer de nombreux aficionados.
L’usage de l’IA provoque de nombreux débats éthiques dans l’industrie. En 2023, l’Académie des Grammys s’est dotée d’une règle selon laquelle «seuls les créateurs humains sont éligibles» pour ses prestigieux prix.
«Une œuvre qui ne contient aucun auteur humain n’est éligible dans aucune catégorie», stipule le règlement.
Autrement dit, les chansons générées entièrement grâce à l’IA sont automatiquement exclues. Mais le règlement prévoit une clause qui permet aux chansons d’origine humaine, simplement polies par IA, d’être considérées.
Pour Mary Bragg, auteure, compositrice et interprète de Nashville (Tennessee), la polémique autour de «Now and Then» est exagérée.
«Une pente glissante»
La technologie utilisée sur ce titre est une «révélation» dans l’univers des ingénieurs sons. Mais cette évolution n’est qu’un prolongement naturel des techniques utilisées habituellement pour produire un morceau.
S’il est ici respectueux, l’usage de l’IA reste toutefois «une pente glissante», rappelle Mme Bragg à l’AFP. «Si l’intégrité de l’art n’est pas préservée, c’est là que le bât blesse.»
La technologie fait craindre que des œuvres soient utilisées sans autorisation pour former des logiciels d’IA, ou que des artistes voient leur voix dupliquée sans leur consentement.
Des inquiétudes tout à fait légitimes, mais qui ne s’appliquent pas au nouveau morceau des Beatles, rappelle Linda Bloss-Baum, membre du conseil d’administration de l’association Songwriters of North America.
«L’IA peut avoir beaucoup de conséquences négatives pour les artistes, mais c’est un exemple de quelque chose de vraiment bon», estime l’experte, en soulignant que la chanson a été recréée avec l’aval de la famille de John Lennon.
Pour elle, «Now and Then» est «un très bon exemple de la manière dont l’IA peut profiter aux artistes, s’ils le souhaitent.»
«Let It Be» en 1971
Un demi-siècle après leur séparation, les Beatles se retrouvent donc en lice pour le prix du meilleur enregistrement pour la cinquième fois – leur dernière nomination dans cette catégorie remonte à 1971, pour «Let It Be».
Ils n’ont jamais remporté ce trophée, tout comme leurs concurrents Beyoncé et Kendrick Lamar.
Certains fans et observateurs se sont interrogés sur la pertinence de faire concourir des artistes d’époques si différentes dans la même catégorie. Comment choisir un vainqueur lorsque tant d’années musicales séparent les univers des concurrents ?
Mais les Grammys, décernés par les professionnels de l’industrie, nourrissent souvent des réflexions éloignées du grand public.
Le prix de l’enregistrement de l’année n’est ainsi pas seulement décerné à un artiste, rappelle Mme Bragg. Il récompense aussi les ingénieurs du son et les producteurs de l’œuvre.
Dans cette perspective, inclure les Beatles dans cette catégorie est «un clin d’œil au futur probable du monde de l’enregistrement».
Laisser un commentaire