La croisade de la France contre les contenus pour adultes se transforme en une campagne furtive visant à supprimer l’anonymat numérique, une plateforme à la fois.

Les efforts déployés par le gouvernement français pour lutter contre l’accès à la pornographie en ligne se transforment rapidement en une initiative plus large visant à démanteler l’anonymat en ligne, suscitant une vive inquiétude parmi les défenseurs de la vie privée.
Les autorités envisagent désormais d’appliquer des mandats stricts de vérification de l’âge non seulement aux sites explicites, mais également aux réseaux sociaux comme Reddit, Mastodon et Bluesky, des plateformes où du contenu pour adultes peut apparaître mais où l’identité n’est généralement pas liée à des informations d’identification réelles.
Ce changement n’implique pas de nouvelle législation, mais une réinterprétation des lois existantes, conformément à la réglementation française récemment promulguée. Cela permettrait à l’État de qualifier de sites pornographiques les plateformes qui « permettent le partage de contenus pornographiques », les soumettant ainsi à des contrôles d’identité numérique parmi les plus invasifs jamais proposés dans l’UE.
Le cabinet de la ministre du Numérique, Clara Chappaz, a déclaré : « Notre priorité est la vérification de l’âge pour toute plateforme qui distribue ou permet le partage de contenu pornographique. »
Bien que présentée comme une mesure visant à protéger les enfants, les implications vont bien au-delà de la sécurité des jeunes. Tout service pris dans ce piège serait contraint de suivre l’âge et, par extension, l’identité de ses utilisateurs, portant ainsi atteinte au pseudonymat et menaçant de rendre toute activité anonyme en ligne impossible en pratique.
L’urgence renouvelée du gouvernement fait suite au meurtre tragique d’un assistant d’enseignement dans un lycée, que le président Emmanuel Macron a utilisé pour réitérer son appel à interdire les réseaux sociaux aux utilisateurs de moins de 15 ans. Bien que sans rapport avec la pornographie, l’incident est utilisé pour justifier des contrôles radicaux sur les espaces numériques.
Les plateformes qui ne respectent pas les nouvelles règles de vérification de l’âge risquent d’être sanctionnées, mises sur liste noire par les moteurs de recherche, voire bloquées. Chappaz a récemment signalé que la plateforme X d’Elon Musk était sur le point d’être classée comme plateforme pornographique, malgré sa fonction première de réseau social textuel, soulignant ainsi le flou et l’étendue des définitions gouvernementales.
Cependant, la voie juridique est loin d’être claire. En vertu de la législation européenne sur les services numériques (DSA) , les décisions concernant les « très grandes plateformes en ligne » relèvent de la compétence de la Commission européenne, et non des États membres.
Ces plateformes sont censées évaluer et atténuer les risques, notamment ceux liés aux contenus pour adultes, mais conservent leur liberté quant à la manière de procéder. Une révision juridique serait en cours en France, témoignant de la volonté de l’État de promouvoir cette politique malgré les conflits potentiels avec le droit européen.
Certaines plateformes réagissent. Aylo Freesites, l’entreprise à l’origine de nombreux sites pour adultes, a déjà bloqué l’accès en France en signe de protestation, avertissant que le modèle gouvernemental est « dangereux » et « potentiellement attentatoire à la vie privée ».
D’autres ont refusé de mettre en place les barrières d’âge et pourraient faire face à des sanctions de la part du régulateur français Arcom.
Cette initiative n’est pas isolée. Partout en Europe, les gouvernements s’intéressent de plus en plus à la vérification de l’âge, soi-disant pour protéger les mineurs. Mais cette tendance permet également une collecte de données plus approfondie et facilite le lien entre les comportements numériques et les identités réelles.
La France est l’un des cinq pays participant à un projet pilote de l’UE pour une solution officielle de vérification de l’âge.
Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne, a déclaré que la DSA oblige les plateformes comme X à prendre « des mesures appropriées d’atténuation des risques, y compris sur le contenu pornographique ».
Alors que la France avance sans consensus européen, les conséquences se font déjà sentir. Alors que les décideurs politiques invoquent la sécurité des enfants, les outils en cours de développement risquent d’ouvrir la voie à un Internet beaucoup plus surveillé, où exprimer sa dissidence, demander de l’aide ou simplement tenir un discours privé pourrait avoir pour prix de révéler son identité à l’État.
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