Traversées de la Manche : près de 1 200 migrants arrivés au Royaume-Uni en une journée

Au cours de la journée de samedi, 1 195 migrants ont débarqué au Royaume-Uni à bord de 19 embarcations. Il s’agit d’un record d’arrivées en une seule journée jamais atteint depuis 2022. Depuis janvier, 14 808 personnes sont arrivées au Royaume-Uni par ce biais malgré la volonté affichée du gouvernement britannique d’enrayer ces traversées.

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Des migrants sont amenés dans un port du Royaume-Uni après avoir été secourus dans La Manche. Image d’illustration. Crédit : Picture alliance

C’est un nouveau record de traversées depuis le début de l’année. Samedi 31 mai, 1 195 migrants ont atteint le Royaume-Uni en traversant la Manche à bord de 19 embarcations.

Depuis janvier, 14 808 personnes sont arrivées au Royaume-Uni par ce biais, un niveau inédit malgré les mesures mises en place par les gouvernements français et britannique pour tenter d’enrayer ces traversées dangereuses.

Le record absolu pour un seul jour remonte à septembre 2022, avec 1 305 migrants débarqués sur les plages britanniques. Cette année-là, 45 774 migrants étaient arrivés au Royaume-Uni.

Après une baisse en 2023, les traversées illégales ont connu un net rebond l’an dernier (36 800), et la tendance pour cette année laisser augurer un nouveau record.

Sous la pression du parti anti-immigration Reform UK, le gouvernement travailliste de Keir Starmer a promis de lutter contre l’immigration illégale. Une loi sur le contrôle des frontières est en cours d’examen au Parlement, qui doit notamment donner davantage de pouvoir aux forces de l’ordre contre les réseaux de passeurs.

Londres a également signé plusieurs accords de coopération avec les pays de départ ou de transit (Irak, Allemagne, Serbie, Kosovo, etc.), et envisage d’envoyer les déboutés de l’asile dans des « centres de retour », dans des pays tiers.

« Ce gouvernement a bâti un plan sérieux pour s’attaquer aux réseaux à chaque étape », a défendu un porte-parole du ministère de l’Intérieur.



Plus de 180 personnes secourues en mer

De leur côté, les autorités maritimes françaises ont indiqué avoir secouru 184 personnes dans le détroit du Pas-de-Calais entre vendredi soir et samedi après-midi. Mais les photographies montrant des policiers français assister au départ de migrants depuis la plage sans intervenir ont fait largement réagir côté britannique, en particulier dans les médias conservateurs.

Les autorités françaises, conformément au droit de la mer, n’interviennent que pour du sauvetage une fois les bateaux à l’eau, après un signal de détresse. La police française, elle, n’intercepte que les bateaux de migrants encore sur le littoral. Elle n’a aucun pouvoir en mer – un espace qui dépend de la préfecture maritime, dont la mission première est le sauvetage et non les arrestations.

« Notre pays est en péril », a notamment déclaré sur le réseau social X le chef de Reform UK, Nigel Farage, tandis que le député conservateur Chris Philp, en charge de l’immigration au sein des Tories, a dénoncé un « jour de la honte », expression reprise par le tabloïd The Sun.

Interrogé sur Sky News, le ministre britannique travailliste de la Défense, John Healey, a, lui, qualifié les scènes observées la veille de « choquantes ». « Nous avons un accord [avec les Français] pour qu’ils modifient leur manière de travailler. Notre priorité est désormais de les pousser à le mettre en œuvre afin qu’ils puissent intercepter les passeurs et stopper ces personnes dans les bateaux et pas seulement sur le rivage », a-t-il déclaré.

« Changement de doctrine »

En février, Londres et Paris ont prolongé jusqu’en 2027 leur traité contre l’immigration clandestine, par lequel les Britanniques financent une partie des contrôles menés côté français.

À cette occasion, le ministre français de l’Intérieur Bruno Retailleau avait plaidé pour un « changement de doctrine » permettant aux forces françaises d’intercepter des bateaux déjà à l’eau, pour contrer la nouvelle tactique des « taxis-boats », qui embarquent des migrants directement dans la mer, en évitant les contrôles sur les plages.

« Dans la bande côtière, dans les premiers 300m, il faut que l’on puisse revoir notre organisation, pour que l’on puisse arraisonner ces bateaux lorsqu’ils arrivent pour prendre les migrants. Il faudrait sans doute prévoir que la gendarmerie nationale, qui a des forces maritimes, puisse intervenir », avait-il évoqué.

Ces traversées ainsi que les conditions de vie des exilés sur le littoral ont également conduit à de nombreux drames. Depuis le début de l’année, au moins 15 personnes sont mortes.

En 2024, 78 migrants étaient morts, un record depuis le début de ce phénomène dans la région en 2018.

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